Comment rendre l'aide au développement plus efficace ?
Questions-réponses avec Armand Rioust de Largentaye, en charge des questions d’efficacité de l’aide à l’AFD.
Depuis quand se préoccupe-t-on de l’efficacité de l’aide au développement, au niveau international ?
La prise en compte de l’efficacité de l’aide trouve vraiment ses origines dans la contestation de l’aide qui suivit la chute du mur de Berlin. Après 1989 en effet, et sans aucun cynisme, force est de constater que les mobiles géo-stratégiques de l’aide – l’affrontement Est-Ouest – ne pouvaient plus être invoqués pour justifier l’effort des pays industrialisés. Or, l’absence de résultats apparents dans un continent comme l’Afrique semait le doute sur la justification de la poursuite des politiques de coopération au développement sans enjeu géo-stratégique.
L’ONU reprit l’initiative en énonçant, en 2000, les huit « Objectifs du Millénaire pour le Développement » (OMD) à atteindre avant 2015. Les attentats du 11 septembre 2001 vinrent renforcer le sentiment des pays industriels que l’abandon général de la coopération au développement pouvait comporter des risques. Au sommet de Monterrey en 2002, il fut donc décidé d’augmenter à nouveau l’effort d’aide au développement, à la condition cependant que cet effort montrât des résultats.
De là vint l’initiative du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE de mettre de l’ordre dans les multiples sources d’aide publique (Déclaration de Rome en faveur de l’harmonisation de l’aide, 2003) puis de formuler cinq principes et douze indicateurs d’efficacité. La déclaration de Paris (2005) mit en œuvre un processus élaboré de suivi de ces indicateurs.
Quel est l’enjeu du Forum de Busan ?
Le Forum de Busan clôt formellement le cycle lancé par la déclaration de Paris. Six ans après, il est appelé à se pencher sur les résultats obtenus en 2010, qui sont loin des objectifs annoncés en 2005 et montreraient, selon certaines études, que les bailleurs ont moins respecté leurs engagements que les pays en développement. Le forum devrait donc appeler à poursuivre les efforts, à accroître la transparence, à rendre des comptes et à préciser l’agenda pour l’avenir, notamment pour la période qui reste jusqu’à l’échéance des OMD (2015).
En même temps, le Forum de Busan s’efforce de mieux tenir compte de la complexité grandissante du monde de l’aide au développement, avec de nouveaux acteurs privés et publics, et des situations diverses dans les pays en développement. Certains pays émergents continuent à recevoir de l’aide tandis qu’ils commencent déjà à en accorder. Conformément au premier principe de la Déclaration de Paris (le principe d’appropriation - « ownership » -), le Forum envisage une association plus étroite des pays en développement et de tous les acteurs impliqués dans la coopération au développement, au suivi et à l’évaluation de leur activité.
Le Forum de Busan intervient alors que s’aggrave une crise économique provoquée par les pays industrialisés. Quelques jours après le Sommet du G20 à Cannes (début novembre 2011), il invite à relativiser le rôle de l’aide et à souligner l’importance pour le développement d’un système financier international mieux à même de compenser les chocs, d’offrir des perspectives économiques stables et favorables aux pays faibles et ainsi de contribuer avec l’aide à une meilleure efficacité du financement du développement.
L’aide publique au développement permet de transformer des millions de vies chaque année : Tribune de Luc Lamprière, directeur général d’Oxfam France, sur le blog Idées pour le développement.
En 2000, plus de la moitié des enfants en Tanzanie n’étaient pas scolarisés – une décennie plus tard, soutenu par l’aide publique au développement (APD), chaque enfant a accès à l’éducation. Chaque jour, près de cinq cents enfants – l’équivalent de seize classes d’école primaire – sont sauvés grâce aux moustiquaires et aux médicaments antipaludiques dont l’achat est financé par les fonds internationaux. La réduction de la dépendance à l’aide et la mobilisation des ressources domestiques sont essentielles, mais un recul de l’APD entraînerait à coup sûr un accroissement important de la pauvreté, l’effondrement de systèmes sanitaires et éducatifs embryonnaires et constituerait un véritable revers pour les progrès accomplis jusqu’ici.
Plusieurs donateurs essaient aujourd’hui d’attribuer toute la responsabilité en termes d’amélioration de l’efficacité de l’aide aux seuls pays du Sud. En fait, certains ont même suggéré de retenir l’aide jusqu’à ce que les bénéficiaires produisent des résultats conformes non pas à leurs propres besoins ou priorités, mais aux attentes des donateurs. Un véritable revers dans les progrès réalisés ces dernières années en matière d’amélioration de l’efficacité de l’aide et de lutte contre la pauvreté.
Le Forum de Busan doit permettre de rectifier le tir. Si son objectif est atteint, un nouvel accord international sur l’efficacité de l’aide sera conclu. Celui-ci définira les voies et moyens qui permettront de vaincre nos ennemis communs : la faim, la maladie et la pauvreté(...).










