Démocratie et réseaux sociaux en débat à Lisbonne
L’action citoyenne et les réseaux sociaux
La première table ronde, riche en partages d’expériences, a porté sur l’organisation de l’action citoyenne à travers les outils de communication du web 2.0.
Dominique Cardon, sociologue et professeur à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) a décrit dans une perspective historique et scientifique, l’élargissement progressif de l’espace public à la communauté d’internautes. Internet a notamment permis l’émergence de nouveaux mouvements de solidarisation par le bas, tels que les Forums sociaux mondiaux ou le mouvement des Indignés.
Le témoignage du journaliste indépendant Thameur Mekki a permis au public de mieux comprendre l’évolution de la contestation populaire sur la toile en Tunisie. Malgré les censures régulières opérées par le gouvernement de Ben Ali et les multiples révoltes réprimées par la police tunisienne, les réseaux sociaux semblent avoir été un outil fondateur de la citoyenneté, bien avant l’éclatement de la révolution. Aujourd’hui les réseaux sociaux sont partie intégrante des pratiques politiques en Tunisie.
Paula Gil, représentante du mouvement social portugais Movimento 12 de Março (M12M), a décrit son usage des réseaux sociaux dans la mobilisation populaire. Selon la cyberactiviste, les réseaux sociaux sont de puissants instruments de communication, mais encore limités et perfectibles. L’interaction du citoyen avec l’espace public se fait également au moyen de la visualisation de vidéos sur la plateforme YouTube. Patrícia Dias da Silva, chercheuse à l’ICS-UL, a abordé le rôle de la vidéo en ligne dans la discussion politique sur internet et son impact à un niveau mondial, la barrière de la langue étant dépassée. Le Pakistan, l’Iran ou la Chine ont d’ailleurs procédé à la restriction de l’accès à YouTube dans leur pays.
Le politique, les politiques et la cyberdémocratie
La seconde table ronde s’est concentrée sur les nouvelles pratiques politiques et les innovations produites par la communication web 2.0.
Pour Pierre Guillou, créateur du site Élus 2.0. et de la société de conseil Idéose, de nombreux politiciens souhaitent aujourd’hui développer leurs compétences dans ces nouveaux outils de communication. Toutefois, António Filipe, député PCP au Portugal, fervent utilisateur des réseaux sociaux, reconnaît avec Francisco Jaime Quesado (économiste) que les médias dits traditionnels se maintiennent encore très fermes sur l’espace public. Enfin, le professeur Carlos Jalali de l’université d’Aveiro, a présenté les résultats d’une étude scientifique sur l’usage du réseau social Twitter dans trente-et-une élections (138 candidats de 26 pays). Si l’utilisation de Twitter a incontestablement augmenté ces dernières années, en particulier dans les démocraties consolidées, il semblerait que son impact en tant qu’outil politique reste encore restreint.
Ce colloque s’est terminé sur les conclusions de José Pacheco Pereira, historien et ancien député européen. Sous un regard plutôt critique vis-à-vis des réseaux sociaux, il a rappelé que le fondement même des démocraties tenait aux libertés consenties à chaque citoyen et à la préservation de leur vie privée.
Organisé par l’Institut français du Portugal et l’Institut de Sciences sociales de l’université de Lisbonne (ICS-UL) le 16 novembre 2011, cet événement a accueilli un public d’une centaine de personnes, notamment des élèves de terminale du Lycée français Charles Lepierre ainsi que des étudiants et des professeurs de l’université de Lisbonne.
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