La Journée de la mémoire de l'Holocauste en Roumanie
Loin d’être figés dans le souvenir, les événements organisés par l’Institut français de Roumanie et ses quatre directions régionales (Bucarest, Cluj, Iasi et Timisoara) à l’occasion de la Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l’Holocauste, se sont voulus être des moments d’enseignement avec des actions spécifiquement dédiées à la pédagogie et au temps présent.
Malgré les travaux de la Commission Wiesel et les initiatives de l’État roumain comme la création d’une Journée nationale de commémoration de l’Holocauste le 9 octobre, la création de l’Institut national pour l’Etude de l’Holocauste en Roumanie « Elie Wiesel » ou encore l’édification en 2009, à Bucarest, d’un monument rendant hommage aux victimes, le travail de mémoire concernant l’Holocauste en Roumanie nécessite encore de nombreux efforts, notamment dans l’enseignement.
Rendu impossible par la falsification de l’histoire sous l’époque communiste, le travail de mémoire relatif à l’Holocauste en Roumanie est un chantier récent qui vise à mettre en lumière la réalité de l’Holocauste en Roumanie. Une réalité méconnue dans les pays de l’Union européenne et depuis peu abordée dans les manuels scolaires roumains.
Débat à Bucarest
Le 24 janvier, en présence d’Henri Paul, ambassadeur de France en Roumanie, l’Institut français de Bucarest a ouvert le débat en invitant à la librairie-café de l’Institut les deux journalistes Jonas Mercier et Mehdi Chebana, auteurs de Mémoire des Juifs de Roumanie. Cet ouvrage récent dresse un éclairage sur la réalité de l’Holocauste en Roumanie, dont on méconnaît encore l’existence et l’ampleur. Riche d’une introduction instructive et faisant le point sur l’évolution du débat concernant l’Holocauste en Roumanie, l’ouvrage se poursuit par neuf témoignages ; le portrait d’une communauté, de son émancipation laborieuse à la fin du dix-neuvième siècle jusqu’à son émigration massive en Israël.
En organisant un débat intitulé L’Holocauste en Roumanie : entre oubli et négation, en collaboration avec l’Institut Elie Wiesel, autour des deux auteurs, d’Adrian Cioroianu, ancien ministre des Affaires étrangères et professeur de l’Université de Bucarest ainsi que de Monsieur Alexandru Florian, directeur de l’Institut national pour l’Etude de l’Holocauste en Roumanie « Elie Wiesel », l’Institut français de Bucarest s’est inscrit au cœur d’un débat d’idées éclairé et relayé sur tout le territoire. Le directeur de l’Institut Elie Wiesel a souligné dans une assemblée de près de cent-cinquante personnes la forte proportion d’un public jeune, une première pour ce genre de débats à Bucarest.
Le débat a été précédé d’une présentation par les auteurs de l’ouvrage Mémoire des Juifs de Roumanie et de la revue L’Horreur oubliée - La Shoah roumaine et s’est déroulé sous la modération de Luca Niculescu, rédacteur en chef de RFI Romania.
Exposition à Cluj
En collaboration avec l’Institut français de Timisoara et le Mémorial de la Shoah (Paris), l’exposition « les Justes de France » s’est ouverte le 13 janvier au musée d’Art de Cluj. Elle retrace le parcours et les actions de sauvetage de quelques Justes - des hommes et des femmes qui se sont levés, choqués par les exactions dont ils étaient témoins.
Suivant la chronologie des grandes étapes de la Seconde Guerre mondiale, ces documents évoquent les actions de sauvetage qui se développent en réaction aux dispositions législatives de la persécution des Juifs en France. Le vernissage s’est accompagné de témoignages dont celui de Madame Eliza Freundlich – rescapée du camp d’Auschwitz, âgée de 87 ans, qui a raconté avec beaucoup d’émotion ses souvenirs. Andrea Ghita, journaliste et réalisatrice d’émissions de télévision pour TVR sur les communautés ethniques de la Roumanie et sur la communauté juive en particulier, a témoigné sur son oncle, Robert Regnier, directeur du Centre culturel français de Cluj entre 1942 – 1946, qui au printemps 1944 a sauvé de la déportation deux femmes juives de Cluj, Lily Székely et sa mère Matild.
Une projection du film de Nicolas Ribowski, lui-même ancien déporté, a été organisée à la suite du vernissage. Enfin CinéInsomnies - le ciné-club de l’Institut français de Cluj, qui a lieu toutes les deux semaines au Café Insomnia, a aussi marqué la Journée de la mémoire par une projection spéciale du film documentaire « Odessa… Odessa » de Michale Boganim, le 18 janvier 2012.
Semaine de la mémoire à Iasi
L’Institut français de Iaşi a organisé, du 25 au 27 janvier, la quatrième édition d’une série de manifestations ayant comme titre générique « La semaine de la mémoire ». L’événement a été consacré à la vie et à l’œuvre de Benjamin Fondane, né à Jassy, en 1898, dans une famille juive et reconnu comme l’un des grands poètes de langue française du vingtième siècle. Essayiste, philosophe et cinéaste, victime d’une rafle à Paris en 1944, où il vivait, il fut gazé cette même année, à Auschwitz-Birkenau.
En présence de plusieurs personnalités dont Carol Iancu, spécialiste de l’histoire des juifs de Roumanie, professeur à l’Université Paul-Valéry - Montpellier 3 ainsi que plusieurs professeurs de l’Université Alexandru Ioan Cuza, l’Institut français de Iasi a pu apporter une riche contribution à la mobilisation de l’Institut français en Roumanie.
« La Semaine de la mémoire » a comporté quatre volets et a débuté le vendredi 27 janvier par le vernissage de l’exposition « Benjamin Fondane. Roumanie, Paris, Auschwitz (1898-1944) » du Mémorial de la Shoah de Paris. L’exposition a été présentée et commentée par un de ses créateurs, Eric Freedman, membre fondateur et ancien président de la Société d’études Benjamin Fondane, devant environ quatre-vingt-dix personnes. Cette exposition sera ensuite visible à Suceava.
Moment fort de cette journée, la révélation au public de la découverte dans les archives de Iasi de l’extrait d’acte de naissance de Benjamin Fondane vient lever des points obscurs de la biographie du poète.
Cette semaine s’est poursuivie par le lancement du premier tome de l’édition « Oeuvres Fundoianu-Fondane », éditions « Art » de Bucarest, par les professeurs Andrei Corbea-Hoisie et Mircea Martin. Cette édition de « Oeuvres Fundoianu-Fondane » se propose de présenter toutes les écoles de formation – juive, roumaine, française – et tous les genres littéraires et artistiques dans lesquels l’auteur a exercé son talent, en roumain et en français. Une session de communications intitulée « A propos de Benjamin Fondane », a regroupé une quarantaine de personnes et a pu apporter des éclairages nouveaux sur le poète.
Enfin ont eu lieu deux représentations, mercredi 25 janvier et vendredi 27 janvier à 18h00, dans la salle Benjamin Fondane de l’Institut, d’une pièce de théâtre mise en scène et jouée par Benoît Vitse (auteur dramatique, metteur en scène, comédien, ancien directeur du Centre culturel français de Iaşi) d’après des textes de Benjamin Fondane : « Lettre de Benjamin Fondane à Louis-Ferdinand Céline ».
"Les Justes" à Timisoara
L’Institut français de Timisoara a décidé cette année d’articuler cette commémoration autour des Justes et notamment en accueillant l’exposition « Les Justes de France » du Mémorial de la Shoah (Paris). En partenariat avec la Communauté juive de Timisoara et le Centre Culturel Allemand, l’Institut français de Timisoara a décliné durant trois jours des événements autour de la commémoration de la journée du 27 janvier.
Jeudi 26, une allocution de Luc Lévy, responsable des relations internationales du Mémorial de la Shoah ainsi que l’intervention d’un chœur d’écoliers de Timisoara ont ponctué le vernissage de l’exposition à l’IfT où cent-cinquante personnes étaient présentes. Le vernissage s’est poursuivi dans la soirée par la présentation du reportage d’Alexandru Chereches « Drept în popoare », par une série de témoignages et par une partie musicale dans les locaux de la communauté juive où une centaine de personnes s’était rassemblée.
Le vendredi, Luc Lévy est intervenu en milieu scolaire, notamment auprès d’une cinquantaine d’élèves du lycée Carmen Sylva de Timisoara, ce qui a donné lieu à un débat d’idées entre les élèves, leurs enseignants et le représentant du Mémorial.
La manifestation s’est poursuivie le vendredi et le samedi par une visite des lieux historiques de la communauté juive à Timisoara ainsi que plusieurs rendez-vous de travail avec les professeurs Victor Neumann et Smaranda Vultur de l’Université de l’Ouest, dans le but de nouer des liens entre le Mémorial et la communauté scientifique de Timisoara.
Le documentaire « les Justes » de Nicolas Ribowski sera projeté pendant la durée de l’exposition.
Message d’espoir
Comme le rappelle à juste titre Luc Lévy, responsable des relations internationales du Mémorial de la Shoah, l’Holocauste est un événement historique et unique dans l’histoire et à aucun moment son évocation ne doit se transformer en un discours moralisateur ou encore culpabilisateur.
Si l’écoute, la lecture de témoignages, le visionnage de documentaires sont une approche indispensable pour enseigner la Shoah, l’évocation de cette page de l’histoire doit nécessairement conduire à transmettre un message d’espoir et à envisager les acquis démocratiques comme la justice, la citoyenneté et enfin à ouvrir un dialogue sur certaines valeurs essentielles comme la tolérance et l’humanisme.
Comme le rappelle les travaux de l’historien Christopher Browning, l’évocation de la Shoah doit nous permettre de réfléchir à la faculté de l’homme ordinaire d’entreprendre des actions inhumaines, à l’endoctrinement idéologique et à tous les éléments pouvant amener l’homme à se transformer en assassin.
Combattre l’ignorance et les préjugés
En comprenant le processus qui conduit à la mise en place d’une idéologie raciste, l’objectif et de combattre l’ignorance et les préjugés actuels.
Comme l’a montré l’Institut français de Roumanie, l’importance est donc d’évoquer et d’enseigner la Shoah avec un vocabulaire juste, des acquis solides et un travail de pédagogie important ; comme la formation des enseignants en la matière est essentielle, les équipes du Mémorial de la Shoah proposent des outils pédagogiques qui vont des formations internationales pour les enseignants à la mise en ligne d’initiatives spécifiques comme le Grenier de Sarah , site d’initiation à l’histoire de la Shoah destiné aux 8-12 ans.
L’Institut français de Roumanie se félicite de l’accueil d’un public nombreux et remercie tous ceux qui se sont associés à cette série de commémorations. La couverture médiatique de tous les événements et leur qualité devraient permettre une prise de conscience de cette page tragique de l’histoire roumaine et européenne.
Liens utiles :
Institut français de Roumanie ;
Mémorial de la Shoah.














