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La surveillance des pêches dans l'océan Indien

Océan Indien - le 8 janvier 2010
Il ne se passe pas une semaine sans que l’actualité régionale ne parle de la piraterie dans l’océan Indien. Un problème auquel se trouvent confrontés certain des projets de la Commission de l’Océan indien, notamment le Plan Régional de Surveillance des Pêches (PRSP/ COI) pour la lutte contre la pêche illégale dans le Sud-ouest de l’océan Indien. Xavier Nicolas, coordinateur régional du projet Surveillance des pêches, répond à nos questions.


- Le 10 juillet 2009, à l’issue du forum sur la piraterie qui s’est tenu à Saint Denis (La Réunion- France), les États membres de la COI [1] ont adopté une déclaration commune dans laquelle ils proposent que les observations collectées par le plan régional de surveillance des pêches soient transmises au commandement de l’opération Atalanta. Quel est le lien entre la piraterie et la pêche illégale ?

Xavier Nicolas : Déjà il faut éviter l’amalgame entre ses deux activités. On parle souvent de pirates en désignant des pêcheurs illégaux. La piraterie relève du domaine de la sécurité, il s’agit d’agressions aux biens et aux personnes. La pêche n’est pas une activité illégale par nature, mais s’exerce dans un contexte très encadré. Le PRSP, de par ses activités de surveillance des espaces maritimes de la COI, peut être confronté à la piraterie dans l’océan Indien.

Le projet s’occupe de contrôler les activités de pêches, vérifier que les navires soient bien autorisés, contrôler les captures, les engins de pêche et vérifier l’état de fonctionnement du système de suivi automatique du navire par satellite.

Il n’est donc pas du ressort du PRSP de lutter contre la piraterie. En revanche, compte tenu de l’immensité de l’océan Indien, dont la partie COI représente à elle seule plus de deux fois et demi la mer Méditerranée en superficie, la coopération est de mise pour tenter de lutter contre la pêche illégale . Et si le PRSP au cours de ses activités de surveillance des pêches récolte des informations relatives à la piraterie ou toute autre activité illégale, ces informations doivent être partagées avec ceux dont c’est le métier de les exploiter, en particulier Atalanta via le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage de la Réunion. Toute observation est bonne à prendre pour lutter contre ce fléau régional, même si ce n’est pas le rôle du projet, l’optique reste la même : Coopérer pour le bien de tous avec tous les moyens disponibles.

- La Région a-t-elle les moyens humains et techniques suffisants pour contrôler la pêche dans l’océan indien ?

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Xavier Nicolas, coordinateur régional du projet Surveillance des pêches.

X. N. : L’océan Indien, immense espace maritime peu surveillé jusqu’alors, réunit les conditions propices aux activités illégales. Peu de moyens existent dans la région comparé à l’immensité de l’espace à surveiller, c’est un fait. Mais grâce au PRSP, ces moyens, comme des patrouilleurs et des avions des États membres sont mis en commun et employés au contrôle des activités de pêches, là où elles s’exercent, c’est à dire en mer. Il ne s’agit pas de multiplier à l’infini les moyens, mais de les utiliser le plus intelligemment possible et d’être physiquement présent sur le lieu de travail même des pêcheurs.

Madagascar dispose de trois patrouilleurs, dont un neuf financé par l’Union européenne. Les Comores n’ont aucun moyen de contrôle mais sont en train de se doter d’un centre de surveillance des pêches. Maurice, La Réunion et les Seychelles disposent de moyens très complémentaires, patrouilleurs comme avions. Des formations régionales ont aussi été proposées pour familiariser les inspecteurs des pêches habitués au contrôle à quai à l’exercice de leur métier en pleine mer.

Enfin les satellites de surveillance permettent de détecter en n’importe quel point de la zone COI un navire et d’en fournir la position en trois heures. Plus personne ne peut se cacher. Cela permet aussi de cibler l’action des moyens sur des objectifs précis au lieu de leur faire faire des ronds dans l’eau.

- Quelle est la valeur ajoutée du PRSP ?

X. N. : L’objectif du PRSP est de lutter contre la pêche illégale et éradiquer ce fléau du sud-ouest de l’océan Indien. Il faut aller en mer pour être dissuasif et, le cas échéant, faire cesser les infractions. On s’inscrit aussi dans un contexte de développement durable. Il n’y aura pas de développement du secteur économique des pêches des États de la COI si demain il n’y a plus de poissons à pêcher. Pour tirer des revenus durables de la mer il faut une exploitation responsable et durable des ressources halieutiques. Pour cela il faut définir des règles et les faire respecter. C’est comme au foot il y a des règles et il faut des arbitres ; des arbitres de touche, qui ont une vision large, mais loin de l’action, mais il faut aussi un arbitre sur le terrain, c’est le PRSP… Et le pêcheur est un joueur, qui pari toujours sur une pêche miraculeuse et des lendemains meilleurs qui ne connaissent pas de limite tant qu’on n’en fixe pas pour eux.

Le PRSP permet aussi aux États membres de reconquérir et se réapproprier un espace maritime immense sur lequel on ne peut être efficacement présent qu’en coopération. Cette présence réaffirmée est remarqué par ceux qui ont pris l’habitude de sillonner nos océans sans jamais y voir personne d’autre qu’eux-mêmes. Il m’a d’ailleurs été rapporté que de nombreux capitaines contrôlés en pleine mer manifestait d’abord une très grande surprise lors des contrôles en mer, puis souvent confiaient aux inspecteurs que c’était rassurant pour eux, tant vis-à-vis des pêcheurs illégaux qui font une concurrence déloyale que des pirates.

[1] La COI, dont le siège est à Maurice, réunit les Comores, La Réunion (France), Madagascar, Maurice et les Seychelles, dans un but de coopération régionale.

Article publié le : 11/01/2010

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