Le français en prison comme espace de… "liberté"
« Chercher sa vie »
Titulaire d’une licence d’ethnologie, d’un brevet d’animation pour enfants et d’expériences de créations théâtrales, Virginie est professeur à l’Alliance française de Lima lorsqu’on lui propose de donner « une chance en plus » à ceux qui en ont besoin : « Ce poste réunit mes deux mondes, celui de prof de français et celui du développement. » Cette proposition de volontariat tombait à pic : « J’étais fatiguée de "chercher ma vie" comme on dit au Pérou ». La découverte de France Volontaires et des autres volontaires en stage de formation a été un vrai choc, une belle fusion. « Si j’avais connu France Volontaires avant, j’aurais été volontaire à 20 ans et non à 30 ! » Aujourd’hui, elle vit à Lima avec Paco, son mari péruvien, et leurs deux enfants. Et ses journées sont chargées…
Enseigner en prison de haute sécurité

- Atelier Victor Hugo à la prison Miguel-Castro-Castro de Lima.
"Le français, une chance en plus" est un programme riche et diversifié, qui intervient là où on ne l’attend par nécessairement. Elle poursuit : « Je travaille dans la prison Miguel-Castro-Castro de Lima, plus exactement avec les détenus de l’atelier de français Victor-Hugo ». Prison de haute sécurité, Castro-Castro a longtemps été le lieu de détention des combattants du Sentier Lumineux. Aujourd’hui elle accueille aussi les prisonniers de droit commun, notamment les narcotrafiquants. 1100 détenus se partagent cet établissement spécialement construit au début des années 1980 pour les terroristes politiques.
Quarante prisonniers s’investissent dans l’atelier créé en 2000. « Mon rôle : apporter aux enseignants, des techniques pédagogiques d’enseignement, » explique Virginie qui se lance dans son atelier de travail : sa gestuelle, son aisance théâtrale donne le ton aux deux heures de conversations animées, de scénettes et points pédagogiques formels. En 2005, avec le partenariat de l’Alliance française, il est devenu possible de passer le Diplôme d’études en Langue française (DELF). Près de 200 inscrits pour 155 reçus à ce jour. Cela a permis la reconnaissance du niveau de professeur de français au Pérou de cinq détenus et autant d’assistants.
Pourquoi s’astreindre à apprendre le français ? « Moi, ma petite amie est Française. Si je veux l’emmener en vacances, il faut que je puisse parler, non ? Et, grâce à ça, j’ai d’autres petites amies françaises ! » plaisante Angel. « Sans compter qu’ici, on a du temps… » complète Piero. « C’est une belle manière de voyager, de partir ailleurs, » conclut Victor sous les approbations de ses collègues enseignants. Ainsi, l’improbable rapprochement entre deux établissements, le centre carcéral et l’Alliance Française, aux vocations si différentes, a servi de lien avec un ailleurs vécu comme un espace de liberté.
Hors les murs, tout un programme
Si le volet carcéral est le plus emblématique, il ne doit pas éclipser le travail de fond avec les écoles primaires et le ministère de l’Éducation ou les animations dans les banlieues. « L’ambassade de France avait mis en place un projet de formation des enseignants dans une douzaine d’écoles primaires. Nous prenons la suite ; je fais le suivi des enseignants pour l’apprentissage en ligne, explique Virginie. Parallèlement, je rédige en partenariat avec le ministère de l’Éducation, le programme scolaire des six années de primaire ». Une paille…
Dans la banlieue de Lima, c’est entrepreneuriat citoyen qui est mis en valeur : deux associations locales promeuvent les langues, l’art et l’expression à destination des enfants. Comment les occuper pendant leur temps libre en leur apprenant le français différemment ? « L’objectif est de leur donner des clés culturelles, d’établir un pont entre de jeunes Péruviens et la culture française, » répond Virginie.
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