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Le rapport femme/homme dans la langue française


  • Le rapport femme/homme dans la langue française d’hier à aujourd’hui : le 3 mars 2010
L’Alliance française d’Halifax invite le linguiste Jean Pruvost le 3 mars 2010. Dans les dictionnaires du Grand siècle, celui de Richelet en 1680 par exemple, la définition donnée de la femme nous paraît aujourd’hui consternante : « Créature raisonnable faite de la main de Dieu pour tenir compagnie à l’homme. Prendre une femme est une étrange chose, et c’est bien fait d’y songer toute sa vie. » S’y ajoute le fait que les défauts sont toujours attribués aux femmes et les qualités aux hommes. Ainsi, pour le mot intelligent, l’exemple sera « il est intelligent » et pour imbécile, « elle est imbécile ».

Il faudra attendre la fin du XXe siècle pour qu’une femme, Marguerite Yourcenar, entre à l’Académie française et c’est aujourd’hui une femme, Hélène Carrère d’Encausse qui en est Secrétaire perpétuel. Mais attention…, selon ses vœux, c’est Madame le Secrétaire perpétuel. Il existe ainsi un nouveau débat à propos de la langue française et des fonctions et métiers. Madame le professeur ou la professeure ? L’auteure, l’écrivaine ? L’usage semble être en cours de changement.

À mieux y regarder, on disait jusqu’au XVIe siècle « un » rencontre, « un » armoire, et au milieu du XIXe siècle « une » cyclone. « Le » rencontre avait un caractère agressif alors que « la » rencontre peut avoir un caractère agréable : le genre des mots et l’évolution qui y correspond représentent aussi sans doute une facette du rapport masculin/féminin.

Dans les dictionnaires d’aujourd’hui, le « politiquement correct » pousse les auteurs de dictionnaires à offrir des exemples militants : « Papa et son fils font le ménage », « Maman et sa fille réparent la voiture ». Le sujet reste sensible…

L’histoire de la langue française et de ses supports : des premiers dictionnaires à Internet

De la conquête de la Gaule par les Romains aux Serments de Strasbourg en 842 rédigés en langue française, dix siècles environ se sont écoulés, au cours desquels s’est forgée cette langue issue principalement du latin, mais aussi colorée par les invasions germaniques, riches de quelques emprunts à la langue des Vikings, de bien des mots issus de la civilisation arabe et de l’italien.

En 1539, naît le premier dictionnaire bilingue français-latin dans l’imprimerie de Robert Estienne. Au XVIIe siècle, naîtra l’Académie française et les trois premiers dictionnaires monolingues français, celui de Richelet, de Littré et Robert.

Au XVIIIe siècle, "Siècle des Lumières", et donc des progrès techniques et scientifiques, correspond l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert et ses planches. A la suite de la Révolution française naîtront des dictionnaires très riches en vocabulaire, à la mode foisonnante des Romantiques, de même que les premiers dictionnaires « scolaires » s’installent sur un nouveau marché.

Au cours du XXe siècle, on assiste à la démocratisation du dictionnaire : petits et grands dictionnaires s’installent massivement dans les foyers français. Il sera à la fin du siècle offert gratuitement sur Internet. De fait, les supports électroniques modifieront considérablement l’élaboration et la consultation des dictionnaires et sans conteste une nouvelle métamorphose des dictionnaires, « électronique », est en cours à l’aube du XXIe siècle…

L’aventure des mots de la langue française : archaïsmes, néologismes, étymologie et défis de la traduction

Une langue ne vit et ne se développe que si elle s’adapte aux besoins d’une communauté linguistique. L’évolution économique, scientifique, technique et industrielle de cette communauté, ses métamorphoses culturelles requièrent tantôt la construction de mots nouveaux (informatique, bureautique, chat ou clavardage), tantôt une modification de sens, parfois radicale (énerver désignait au XIXe siècle le fait d’être mou, « sans nerf ») ou l’ajout d’un sens nouveau à un mot existant (la souris de l’ordinateur).

La littérature fait naître des mots qui, le plus souvent, ne se généraliseront pas mais témoignent de la richesse d’expression d’une langue. Elle laisse également présents dans la mémoire des mots d’hier qui ne sont plus en usage, si ce n’est dans l’évocation des œuvres passées et dans un usage parfois ironique ("Qu’ouïs-je ?" ; "Tire la bobinette, la chevillette cherra"). Il est inévitable que des mots disparaissent pendant que d’autres naissent et c’est par milliers que des mots nouveaux sont par exemple chaque année déposés à l’Institut national de la propriété industrielle.

La langue a aussi ses strates en fonction de chaque âge et de chaque milieu. Il est naturel qu’un adolescent forge des mots qui lui semblent bien marquer son territoire, qu’il souhaite différent de l’adulte. Enfin la publicité invente chaque année force mots et locutions qui s’installent dans les esprits. Tout cela participe de l’histoire de la langue, de l’histoire des mots, de leur étymologie.

Traduire est un exercice très difficile, il faut en effet parfaitement maîtriser les mécanismes de création de chaque langue, et prendre la mesure précise des écarts culturels en trouvant les moyens d’y faire face. Comment traduire « Il a 14 en philo au bac », sans passer par l’histoire des mots et du contexte civilisationnel ?


- Information pratique : Le mercredi 3 mars 2010 à 17h00, Dalhousie University, Scotiabank Auditorium (McCain Building).

- Pour en savoir plus : http://www.af.ca/halifax/conference...

Article publié le : 26/02/2010

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