Les éditeurs jeunesse en formation à Tunis
Conduit par Marie Lallouet (éd. Bayard Jeunesse), avec le soutien de Nathalie Beau (Bibliothèque nationale de France - La Joie par les livres), l’atelier a réuni une quinzaine de professionnels de la place ainsi que la représentante de la Direction des Lettres au ministère de la Culture et des personnels de la médiathèque Charles de Gaulle.

- Marie Lallouet.
État des lieux de l’édition jeunesse en France et en Tunisie
Une présentation croisée des éditions jeunesse en France et en Tunisie a permis de se faire une idée d’ensemble sur les situations respectives et d’engager le travail avec des repères et des éléments de comparaison.
L’examen historique de ce secteur en France a souligné le long et complexe processus de maturation ayant abouti à la place éminente qu’occupe aujourd’hui l’édition pour la jeunesse avec, comme pivot central, le Centre national du Livre pour la jeunesse (la Joie par les livres).
Pour ce qui est de l’édition jeunesse en Tunisie, les problèmes sont nombreux :
exiguïté du marché et des tirages ;
fractionnement entre les langues utilisées ;
faiblesse des réseaux de librairies, des bibliothèques publiques et de distribution ;
désaffection de la lecture ;
déficit d’auteurs et d’illustrateurs.
Si les éditions jeunesse bénéficient du soutien du ministère de la Culture sous forme d’achat d’exemplaires, il arrive souvent que la qualité fasse défaut. Cette production se caractérise, en termes de contenus, par l’absence de création romanesque, le conte restant pratiquement la seule base de la littérature proposée à la jeunesse.
Comme matériau concret pour lancer et nourrir les débats, chacun des participants était invité à venir avec trois ouvrages :
le livre qui a compté pour lui dans son enfance ;
un de ses livres qui a connu le succès ;
l’exemple inverse du livre qui a été un échec.
Les séances d’apprentissage ont été ponctuées par des lectures choisies d’ouvrages significatifs de ce que l’on peut aujourd’hui proposer aux jeunes lecteurs.
Ateliers et cas pratiques
L’atelier a donné lieu à une série d’exercices pratiques couvrant les différentes phases du processus d’édition.
Du manuscrit à l’ouvrage fini : sur la base d’un premier manuscrit et de sa version publiée mis à leur disposition, les auditeurs ont suivi, sur écran, les étapes successives du travail (structure et cohérence du projet, forme et lisibilité, mise en page, illustration, contrat, bon à tirer). Une séquence marquée par de nombreux commentaires, questions et arrêts sur image.
Comité de lecture : un jeu identique de plusieurs manuscrits a été soumis à la lecture des participants. Comme pour tout exercice de ce genre, des discussions animées et souvent contradictoires ont porté sur les questions de fond, à savoir la conviction de l’éditeur entre les deux valeurs fondamentales de l’éducation : protéger les enfants ou les aguerrir, notamment à propos des thèmes de la guerre ou de la violence en général, l’objectif étant de parvenir à une lecture éclairée sur les valeurs véhiculées et non pas seulement sur l’apparence du texte.
« Un immense appétit éditorial »
Le débat a également abordé le rôle de l’école, des bibliothèques, de la critique littéraire et des revues spécialisées dans la promotion du livre jeunesse. Autre question délicate que tout éditeur doit résoudre avec diplomatie : la relation avec les auteurs.

- Atelier.
Deux tendances générales se sont dessinées sur les façons de faire des livres : viser le haut de gamme pour soutenir la comparaison avec les éditions étrangères ou alors adopter la formule d’une large diffusion de petites collections maison.
Si, à l’issue de l’atelier, l’impression générale fait apparaître « un immense appétit éditorial », selon les termes mêmes de Marie Lallouet, les participants se sont montrés préoccupés par ce qu’il y avait lieu de faire pour corriger les dysfonctionnements et autres défaillances de la profession. Ils envisagent, dans un premier temps, de restructurer le secteur en se constituant en groupe au sein de l’Union des éditeurs tunisiens.
En matière de formation, les demandes ont trait à la commercialisation du livre, l’approche marketing du métier d’éditeur, l’illustration, la direction artistique, des préoccupations communes à l’édition dans son ensemble.
Valoriser la figure de l’auteur et susciter des désirs d’écritures
Pour ce qui concerne spécifiquement les éditeurs jeunesse, il est apparu indispensable de valoriser la figure de l’auteur. A cette fin, un atelier d’écriture comme il en existe dans le monde anglo-saxon pourrait s’appuyer sur le conte traditionnel, mais aussi le dépasser, et aborder le roman. Par ailleurs, l’idée d’un concours de manuscrits (auprès des étudiants en lettres, avec une dotation financière et un vrai jury de sélection…) pourrait être une façon de susciter des désirs d’écritures. De l’avis de tous les participants, la session a été aussi utile que passionnante, et espèrent-ils, à rééditer, absolument ! Affaire à suivre donc...








