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Les transferts d'argent : une solution dans la gestion des crises humanitaires

France - Monde | Paris - le 4 janvier 2012
D’après les estimations récentes de la Banque mondiale, les transferts d’argent des migrants ne cessent de progresser d’année en année, et leurs montants dépassent largement l’aide publique au développement. En 2011, les transferts de fonds sont ainsi estimés à 351 milliards de dollars (+8% par rapport à 2010). Si leur utilisation se répartit essentiellement entre les dépenses de la vie quotidienne et les projets de codéveloppement, les transferts d’argent jouent également un rôle croissant dans la gestion des crises humanitaires des pays en développement.

Lors de crises humanitaires, il est en effet essentiel de permettre au plus vite l’accès aux besoins vitaux (nourriture, eau, médicaments…) des populations impactées, mais aussi de reconstruire. Le transfert d’argent, mais aussi de bons / coupons, est de plus en plus envisagé comme une solution alternative pour y parvenir, notamment dans les pays qui restreignent leur accès aux ONG.

Un nouveau mode d’aide à promouvoir

A tel point que selon l’Office britannique du Développement Outre-Mer (ODI), "la question n’est plus aujourd’hui de savoir si l’argent est un moyen approprié pour servir les besoins de populations plongées dans la crise, mais comment les organisations, les donateurs et les gouvernements peuvent utiliser les transferts d’argent pour atteindre les meilleurs résultats".

Comment le transfert d’argent et/ou de coupons peut-il contribuer à l’aide humanitaire ? Les restrictions d’accès dans certaines zones géographiques, et notamment les zones dites d’insécurité (ainsi par exemple de la Corne de l’Afrique), amènent les acteurs de la politique humanitaire à repenser les modes traditionnels de distribution de l’aide. Comme ils permettent d’atteindre directement les bénéficiaires, les transferts d’argent et/ou de coupons figurent en bonne place de ces nouvelles solutions. C’est pourquoi secteur privé, ONG et agences multilatérales cherchent ensemble à valoriser et optimiser ces programmes.

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Photo : CaLP.

Plus de 4 millions de personnes touchées

Selon le CaLP (Cash Learning Partnership), plus de 4 millions de personnes dans toute la Corne de l’Afrique reçoivent actuellement une aide en espèces ou en bons. Regroupant des organisations humanitaires comme OXFAM Grande-Bretagne, Save The Children, ou encore Action contre la Faim, ce consortium a été créé à la suite du tsunami de 2005 en Asie du Sud-Est, avec pour objectifs de "soutenir le renforcement des capacités, la recherche et le partage d’expériences et de connaissances sur les programmes de transferts monétaires".

Aujourd’hui, le CaLP participe entre autres au pilotage de deux programmes de transferts d’argent mis en place en octobre 2011 au Niger pour répondre à la crise de sécurité alimentaire et soutenir les populations les plus vulnérables.

Parallèlement à ce plan d’action nigérien, l’UNICEF et ses partenaires ont lancé en octobre dernier un programme de distribution de tickets d’alimentation et de transfert d’argent pour lutter contre la malnutrition en Somalie. Ce programme encourage les vendeurs locaux à proposer davantage de denrées alimentaires, et à des prix abordables. En effet, la pénurie alimentaire dans le pays est telle aujourd’hui que les prix s’envolent. Pour l’heure, 15 000 familles de Juba et de Shabelle ont déjà bénéficié des tickets d’alimentation et des transferts d’argent, leur permettant ainsi d’accéder à des produits de première nécessité. L’UNICEF annonce avoir besoin de 15 millions de dollars pour étendre cette initiative de transfert d’argent au reste du pays et atteindre ainsi au minimum 40 000 familles.

Autre exemple, celui de la Côte d’Ivoire, où la situation politique est instable et les violences régulières depuis les élections présidentielles de novembre 2010. La réponse humanitaire est indispensable pour venir en aide aux populations déplacées et souvent sans ressources. L’ONG Save the Children a donc déployé sur Abidjan et à l’intérieur du pays un groupe de travail "Cash and Voucher" qui assure la coordination et la collaboration des différents acteurs humanitaires ainsi que la bonne répartition des transferts monétaires et des coupons.

Développement de partenariats entre le secteur privé et la communauté humanitaire

Pour atteindre les populations même dans les zones les plus difficiles et aussi lutter contre l’insécurité et la corruption, les associations recourent de plus en plus aux nouvelles technologies, et par ricochet des partenariats avec le secteur privé. Le secteur des transferts monétaires a en effet très rapidement inclus les nouvelles technologies.

Ainsi au Kenya, où les versements d’espèces prennent une importance croissante dans l’aide humanitaire ("un demi-million de bénéficiaires à 3 000 shillings kenyans (soit 33 dollars) par famille et par mois", selon Sheryl Harrison, du Programme alimentaire mondial), la société de téléphonie mobile Safaricom permet de transférer l’argent électroniquement via son produit mobile M-Pesa.

Développer les transferts via la téléphonie mobile est d’autant plus clé dans un continent comme l’Afrique que la population est plus équipée en téléphonie qu’en compte bancaire. A titre d’exemple, 21% des Kényans possèdent un compte bancaire et 87% un téléphone portable.

Ces partenariats avec le secteur privé ont un avenir prometteur. Dans une interview accordée à IRIN, Alexander Matheou, directeur du bureau régional de la Fédération internationale de la Croix-Rouge, reconnaît ainsi que "les partenariats avec le secteur privé vont encourager le choix de moyens plus efficaces pour distribuer l’aide humanitaire".

Le Fonds d’urgence postal, une garantie de distribution monétaire lors des crises humanitaires

Pour garantir la collecte et la distribution des transferts d’argent, l’UPU (Union postale universelle) a créé récemment un Fonds d’urgence et de solidarité pour rétablir dans les plus brefs délais le service postale d’une région affectée par une catastrophe humanitaire. Comme l’explique Younous Djibrine, président du groupe de projet « Coopération technique et réforme postal » et inspecteur général au ministère des Postes et télécommunications du Cameroun : "Nous avons tiré des leçons du tremblement de terre en Haïti. Avant, la collecte des fonds pouvait retarder de plusieurs mois l’assistance de l’UPU sur le terrain. Avec ce fonds, l’UPU peut réellement agir dans l’urgence pour restaurer les services postaux de base tels que les colis et transferts d’argent, l’argent étant déjà disponible".

En cas de crises humanitaires majeures, l’organisation postale demande aux pays touchés un état des lieux précis des dégradations. Ensuite, elle restaure les installations endommagées et fournit le matériel nécessaire au rétablissement d’un service postal de base.

Ce Fonds est nourri par les contributions volontaires des gouvernements, des postes, d’unions restreintes ou d’autres partenaires du secteur postal. Et sa mise en pratique ne s’est pas fait attendre : en novembre dernier, au lendemain des séismes intervenus dans l’est de la Turquie, l’UPU a expérimenté ce nouvel outil en proposant son aide aux services postaux turcs.

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Le séisme en Haïti.

Des partenaires bancaires en soutien des communautés humanitaires

En temps de crise, le maintien des volumes de transferts habituels des migrants est par ailleurs une condition importante pour soutenir les familles et contribuer à la reconstruction. Les établissements de transferts ont donc aussi leur rôle à jouer et certains n’hésitent pas en de telles occasions à pratiquer la gratuité des coûts de transferts sur une période donnée.

C’est le cas de la société de service de transfert d’argent Western Union qui a décidé d’offrir pendant près d’un mois les frais de transfert pour toute opération à destination de la ville turque de Van, meurtrie par un séisme en octobre 2011.

La BdE (Banque d’Escompte) a quant à elle proposé pendant un mois la gratuité des transferts d’argent à destination d’Haïti après le séisme de 2010. En partenariat avec Unitransfer et BPI, BdE a également développé son offre de service de panier alimentaire, qui permet de garantir aux personnes destinataires l’accès aux produits alimentaires.

Les associations agissent par ailleurs pour "mobiliser l’épargne de la diaspora vers des investissements productifs". A Haïti, c’est ainsi le cas de la PAFHA (Plateforme d’Associations franco-haïtiennes), qui entend "stimuler les Haïtiens de la zone euro à participer activement à des investissements productifs en Haïti".

Sources :
- The Cash Learning Partnership (CaLP) ;
- IRIN : "Politique humanitaire : L’essor des transferts monétaires", 12 décembre 2011 ;
- UPU : article "Catastrophes, l’aide sera désormais plus rapide", 25 novembre 2011 ;
- CaLP : "Cash Transfer Programming in Emergencies : Market analysis, new technologies and going to scale". Rapport final de l’atelier de Nairobi, Kenya, des 17 et 18 novembre 2011 ;
- Saphir News, article "Turquie : Western Union offre les frais de transfert pour Van", 8 novembre 2011 ;
- CaLP : article "Le gouvernement du Niger lance deux programmes de transferts monétaires", 20 octobre 2011 ;
- 1212.be : article "L’UNICEF débute un programme de tickets d’alimentation dans le Sud de la Somalie pour les enfants dans le besoin et leurs familles", 3 octobre 2011.

Liens utiles :
- Site Envoi d’argent sous contrat avec l’Agence française de développement (AFD)
- Banque mondiale
- Unicef

Article publié le : 04/01/2012

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