Produire et consommer bio en Inde
Les retombées néfastes de la Révolution verte
Un sujet que Valérie connaît bien. Elle alimente les sites Internet de Ritimo (le site de ressources www.d-p-h.info et le portail d’information www.rinoceros.org), en articles et liens relatifs au développement durable en Inde et en Asie du Sud. Elle travaille notamment sur le thème central de l’agriculture en Inde. Après la « Révolution verte » qui a permis au pays d’atteindre l’autosuffisance alimentaire, la situation s’est fortement détériorée : l’usage excessif et croissant de pesticides, d’engrais chimiques et l’irrigation à outrance ont entraîné la contamination et l’épuisement des sols et des eaux.

- Le bio en Inde, une réalité.
La qualité de l’alimentation n’est pas épargnée. Le Centre for Science and Environment de Delhi, partenaire de Ritimo, alerte régulièrement par ses enquêtes et analyses en laboratoire sur la présence de pesticides et autres produits nocifs dans les aliments et boissons courants.
Il ne suffit pas de produire bio…
Dans les années 1990, la notion d’agriculture biologique a commencé à émerger, sous la forme du retour aux pratiques traditionnelles, améliorées par de nouvelles techniques naturelles permettant d’augmenter la production.
L’agriculture bio, qui reste une agriculture paysanne, est cependant marginale et méconnue. Elle est le plus souvent le fait d’individus, tels S. Palekar au Maharashtra, ou d’organisations non gouvernementales comme le Centre for Sustainable Agriculture en Andhra Pradesh, qui tentent de promouvoir leur vision d’une agriculture biologique, naturelle, respectueuse de l’environnement et des hommes.
… il faut aussi consommer bio !
Côté consommateurs, la prise de conscience est encore plus lente. Or, si l’on veut développer l’agriculture biologique, il faut aussi développer la sensibilité des consommateurs. C’est ce à quoi s’attache une femme, Kavita Mukhi, qui se consacre depuis vingt ans à la promotion des produits bio à Mumbai.
Dès 1990, elle a ouvert sa boutique d’aliments bio : « Conscious Food » (alimentation consciente). Plus récemment, elle a organisé le premier marché bio de la capitale économique de l’Inde, en faisant venir chaque dimanche des agriculteurs bio de la région. Le succès était au rendez-vous à en juger par les files d’attente et les étals vides en fin de journée.
Mais compte tenu des plus de 16 millions de bouches à nourrir de Mumbai, il reste encore du chemin à parcourir avant qu’une majorité de Mumbaikar consomment bio. Dans un contexte de forte inflation générale, le bio semble encore plus cher, même si Kavita considère que c’est un prix juste pour le producteur. Au marché bio, les agriculteurs vendent directement leurs produits aux consommateurs, sans qu’aucun intermédiaire ou vendeur au détail n’empoche le bénéfice à leur place.
Espérons donc que la capitale économique et financière de l’Inde saura être un bon terreau pour la vente de produits bio et que la voix du bio parviendra à se faire entendre d’un gouvernement indien toujours attaché, malgré ses dangers, à une agriculture « moderne » et technologique.
Valérie Fernando, Volontaire France Volontaires.
Contact : v.fernando[AT]ritimo.org
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