Trois questions à Rita Mestokosho
Ecrivaine francophone de langue innue
Journée de formation des professeurs de français : le 10 octobre 2009
Pouvez-vous nous présenter en quelques mots la communauté innue ?
Rita Mestokosho : Nous sommes environ 15 000 innus répartis en plusieurs communautés. Nous vivons de la chasse au caribou, de la cueillette de fruits et de la pêche. Ce sont des gestes simples qui nous permettent de rester nous-mêmes et de croire en la vie. Nous ne fonctionnons pas avec un calendrier et avons une vision très large de l’environnement : la Terre est notre mère, les rivières sont nos sœurs, le Soleil notre grand-père et la Lune notre grand-mère.

- Rita Mestokosho.
Chaque être humain a une place particulière : nous avons une vision collective de la vie et jamais une approche individuelle. Nous avons aussi un message environnemental spécifique car les communautés innues se battent pour la préservation du milieu naturel qui demeure un élément fondamental de leur identité.
Je suis, en tant que membre du Conseil des Innus élu pour trois ans, le porte-parole d’une cause, celle de la préservation de la rivière « La Romaine ». Le gouvernement québécois aimerait y construire un barrage, ce qui aurait de lourdes conséquences sur notre mode de vie. Cette belle rivière est partie intégrante de notre héritage, nous ne voulons pas de ce projet de transformation.
Comment concevez-vous le sens de votre engagement littéraire ?
R. M. : La poésie instaure un langage universel, elle n’a pas d’âge et vient de très loin. Quand j’ai écrit mes poèmes, chaque mot était pensé en innu avant d´être transcrit en français. La poésie reste une arme secrète, mais comme je le dis souvent, c’est la poésie qui m’a choisie. Lorsque j’opte pour un discours politique, les portes se ferment tandis que quand je passe par la poésie, je suscite d’autres émotions, je touche l’âme en quelque sorte.
Ma rencontre avec Jean-Marie Gustave Le Clézio a été brève et intense, ma poésie lui a parlé et j’ai été très honoré qu’il rédige cette préface pour moi. L’article qu’il a écrit pour défendre le sort de « La Romaine » a vraiment été apprécié dans notre communauté. Au-delà de son écriture, lorsque le prix Nobel 2008 de la littérature intervient de la sorte, le message est entendu.
Vous avez organisé une rencontre avec des écrivains sur la rivière « La Romaine ». Quelle était la finalité de cette démarche ?
R. M. : Nous étions trente-cinq écrivains, la moitié était innue et l’autre québécoise. Le collectif Iamitotou (Parlons-nous) est né et nous avons écrit sur la rivière. Pour moi, ce fut le plus beau cadeau que nous ayons fait à cette rivière. Par la suite, d’autres projets sont nés avec notamment un échange épistolaire autour de cette rivière pendant neuf mois.
L’écriture me semble la plus belle arme pour parler de l’avenir de cette rivière et de la communauté innue. J’aimerais que les autres populations locales puissent également être solidaires de notre cause. J’apprécie énormément le fait de pouvoir m’exprimer en français pour pouvoir traduire le sens de ce combat.
Propos recueillis par Françoise Sule et Christophe Premat.
[1] L’innu-aimun (ou montagnais) est une langue parlée par les Innus (Montagnais), peuple amérindien de l’est du Canada.
L’auteure :
Rita Mestokosho est la première poète innue à avoir publié un recueil au Québec, Eshi uapataman Nukum. Comment je perçois la vie, Grand-Mère (1995). Elle est née dans la communauté d’Ekuanitshit (Mingan) en 1966, où elle réside encore aujourd’hui.
Sites utiles :
Institut français de Stockholm
www.ur.se
Lire le portrait de Rita Mestokosho
Crédit photo : Laure Morali.
Documents joints
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Conférence Rita Mestokosho - (PDF - 56.6 ko)








