Trois questions à... Louis-Jacques Vaillant
Comment va s’opérer la reconstruction d’Haïti ?
Louis-Jacques Vaillant : Trois types d’action vont être mises en place. D’abord l’évaluation des besoins. Elle est en cours via des missions tripartites Nations unies, Banque mondiale et Union européenne. Ensuite, la définition de la politique de reconstruction : une conférence internationale est prévue à New York mi-avril, au cours de laquelle le gouvernement haïtien présentera un plan d’action à moyen terme pour la reconstruction d’Haïti.
A la demande de l’Ambassadeur Pierre Duquesne en charge de la coordination de l’aide française, nous avons mobilisé un agent de l’AFD pour aider le Premier ministre haïtien à l’élaboration de ce plan. Enfin, la mise en œuvre de la politique de reconstruction doit être définie pour être la plus efficace possible. L’AFD a proposé la création d’une (ou plusieurs) agences haïtiennes d’investissement et de reconstruction. Cette solution faciliterait la mise en œuvre des opérations, dans le cadre des orientations fixées par le gouvernement, et permettrait par ailleurs une meilleure coordination de l’aide.
Quels sont les enjeux pour le pays ?
L.-J. Vaillant : L’aménagement du territoire est une question fondamentale : quelle doit être la politique de développement des villes secondaires en parallèle de la reconstruction de Port-au-Prince ? Quel est l’ajustement entre le rôle des villes et des campagnes ? Quel rôle pour l’agriculture dans le développement économique et la sécurité alimentaire de l’île ? Par ailleurs, Port-au-Prince se trouvant sur une faille, il faut penser au futur de cette capitale. Si la solution n’est pas de la reconstruire ailleurs ou de voir perdurer les camps, il faut engager une réflexion très rapidement sur l’aménagement urbain. Il s’agit de prendre en compte les différentes fonctions de la ville, pas seulement en termes de logement et de bâtiments, mais aussi d’environnement, de mobilité, d’équipements publics…
Les élus locaux et notamment le maire de la ville de Port-au-Prince, Monsieur Jazon, pourraient mener cette réflexion concernant l’aménagement urbain de la capitale en s’appuyant sur l’expérience de collectivités étrangères : des villes françaises, Barcelone ou Montréal ont par exemple manifesté leur disponibilité à appuyer le maire de Port-au-Prince.
Malgré le chaos, une lueur d’espoir est-elle possible ?
L.-J. Vaillant : Jacques Austruy, dans son livre, Le Scandale du développement, écrit que « le développement est à la fois une réflexion, un scandale pour l’esprit et une exception historique ». On peut espérer que la gestion de ce désastre devienne l’exception historique d’Haïti, que ce soit une chance pour le pays de se développer. Les structures étatiques ont été fortement touchées : les tribunaux par exemple ou de nombreux ministères ont perdu une part importante de leurs agents et parfois la totalité de leurs bureaux. Dans ce contexte, la reconstruction d’Haïti peut insuffler un nouvel élan politique. Plusieurs facteurs peuvent favoriser ce changement : la prise de conscience de la diaspora, qui se mobilise aujourd’hui considérablement ; l’implication des bailleurs de fonds, qui sera -on peut l’espérer-, importante ; ainsi que les initiatives privées et la mobilisation locale qui est également très forte.
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